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Interview avec M. Marc FRANCO, Répresentant de la Commission Européenne en Russie, concernant les perspectives du développement du dialogue sur l’énergie fossile entre l’UE et la Russie
Le mardi 4 juillet 2006
![]() "EN ATTENTE D’UNE NOUVELLE INITIATIVE DE LA RUSSIE"
L.M. : M. FRANCO, même avant le Sommet du G8, il était clair que la notion de sécurité énergetique n’est pas interprétée de la même manière par l’Occident et la Russie. Quelle est la différence ? M.F. : Pour la Russie, la sécurité énergetique signifie celle de la demande qui lui est formulée en vue de l’exploitation de ces ressources. L’argument est le suivant : ce domaine a besoin d’investissements importants et donc, il est indispensable de prédire quelle sera la demande de carburants à long terme. L’UE est préoccupée surtout de la securité des livraisons de ces produits. C’est pour cela qu’on analyse cette sitution en globalité sur le marché mondial. Pour un quart de ses importations de gaz, l’UE dépend de la Russie, tandis que cette dernière exporte vers l’Europe presque 100% de sa production interne de gaz. L.M. : D’accord. Evidemment, le conflit russo-ukrainien sur le gaz préoccupe l’UE. Mais pourquoi l’Europe se méfie plutôt de la Russie que de l’Ukraine qui utilisait de manière illégale le gaz destiné aux consommateurs européens ? M.F. : La réaction de l’UE à cet égard a été plutôt celle des médias. De la part des Représentants européens, il n’y avait pas de commentaires officiels. L’UE a été toujours pour les prix du marché du gaz, et ainsi pour elle cette discussion est une affaire exclusivement entre la Russie et l’Ukraine. Pour sa part, la Russie ne voulait pas que cela amène à des difficultés dans la livraison du gaz à l’UE. Je souligne que cette réaction n’est pas due au fait que les prix du gaz ont été augmentés, mais aux méthodes de négociation et mesures prises par la Russie envers l’Ukraine (cession de livraisons). L.M. : Pourquoi la securité énergetique est considérée plutôt comme la masse totale des matières premières sur un territoire national en ne tenant point compte du développement de l’énergie atomique ? M.F. : Beaucoup de pays ont misé sur l’énergie atomique. La France et la Bélgique en dépendent plus que la Russie. Pourtant, dans les Constitutions de certains pays la production et l’achat de cette ressource sont interdits. Après la catastrophe de Chernobyl, l’UE a renoncé à la construction de nouvelles centrales économiques. Mais actuellement l’utilisation des propriètes de l’atome suscite une vive discussion. Premièrement, parce que les prix des matières premières ont augmenté considérablement sur le marché mondial. Ainsi, les sources d’énergies alternatives qui n’étaient pas rentables auparavant quand les prix du pétrole ont été bas, redeviennent intéressantes. Deuxièment, la Russie et l’UE élaborent de nouveaux réacteurs, plus securisés et efficaces, basés sur les neutrones rapides et qui permettent de retraiter les dechets des carburants atomiques (brûler le Plutonium - Exemple de l’auteur). L’une de raisons de la fermeture des centrales "classiques" en Europe a été notamment le coût du retraitement des déchets radioactifs résultant de la production de l’énergie atomique. L. M. : Quel est le rôle du projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) dans la collaboration internationale (A Bruxelles vient de se conclure l’accord sur la création du reacteur thérmonucléaire international ) ? F.M. : C’est un projet très prometteur. Si tout ira comme prévu, le problème de l’énergie sera résolu. Mais son utilisation dans l’industrie ne sera posible que dans les trente ans à venir... L.M. : M. FRANCO, comment les pays développés pourraient aider ceux en voie de développent pour leur permettre de s’approvisionner en ressources énergetiques à des prix abordables ? F.M. : Le choix du type de l’énergie à produire appartient évidemment à ces derniers. Il ne s’agît pas impérativement de l’énergie atomique. Les pays développés peuvent aider à créer des mécanismes de consommation plus économiques de ces ressources. Par exemple, la Chine utilise des technologies qui exigent une grande consommation d’énergie. En ayant les mêmes conditions climatiques, le Canada utilise 4 fois moins d’énergie pour le même volume de production industrielle que la Russie. L.M. : l’Europe, peut-elle garantir la non-expansion de l’arme nucléaire lors de la construction de centrales atomiques dans des pays en voie de développement ? Quels sont les enseignements tirés de l’affaire de l’Iran par l’UE ? F.M. : Toute la communauté internationale doit faire des efforts pour que les actions d’un pays, destinées à maintenir sa securité énergetique, ne soient pas contradictoires avec le concept de non-prolifération de l’arme nucléaire. L.M. : La récente proposition de la Commision Européenne à l’OMC c’est de considérer les bas prix des carburants sur le marché intérieur comme une subvention interdite. Ce n’est pas sûr qu’elle soit acceptée mais son existence signifie que l’accord bilatéral signé par la Russie avec l’OMC en mai de 2004, selon lequel la Fédération Russe doit augmenter les prix intérieurs de 40 dollars / 1000 m3 à 60 dollars / 1000 m3 vers 2010 ne coorrespond plus à la réalité et l’Europe veut qu’il soit annulé... M.F. : Je ne connais pas les détails de la proposition de la Comission Européenne mais je connais bien les principes de l’OMC : il est strictement interdit de vendre la même marchandise sur les marchés extérieur et interieur à des prix différents car cela est considéré comme une discrimination par les prix et, dans certains cas, comme du dumping. Ne pas suivre ce principe n’a pas tellement d’importance quant il s’agît de la consommation de la population pour les besoins quotidiens mais, en effet, cela représente une subvention cachée pour l’industrie nationale. Ce ne sont pas les ressources "bon marché" qui sont sanctionnées en soi, mais le produit fini. Cette proposition ne vise pas spécialement l’accord bilatéral de la Russie avec l’UE. Elle concerne les pays dont les prix des resources énergetiques sur leur marché intérieur sont réduits artificiellement. En signant l’accord bilatéral, la Fédération Russe a accepté d’augementer les prix progressivement et doit respecter cette obligation. L.M. : Quelles concessions de la part de l’UE qui insiste actuellement sur la ratification avec la Russie de la Charte de l’Energie, peuvent avoir lieu : accès à l’infrastructure énergetique et à des consommateurs, prolongation des contrats avec "Gazprom", etc. ? M.F. : Rien de tout ce que vous venez de citer n’est interdit à la Russie, même sans la ratification de la Charte de l’Energie. L’un des principes clé de l’UE est d’établir des régles pour assurer un climat de concurrence hônnete. En 1958, l’Europe a adopté sa première législation anti-monopole qui condamne la création de cartels, l’abus de position dominante sur le marché et d’autres formes de concurrence déloyale. Toutes les compagnies européennes doivent se soumettre à ces dispositions et les organismes nationaux ou de la Commision Européenne suivent avec beaucoup d’attention chaque fusion-acquisition afin d’éviter la violation de ses principes. Evidemment, la législation européenne ne cherche pas à contraidre l’activité du "Gazprom" ou le développement économique de la Fédération de Russie, mais ce sont les régles du jeu pour tous les pays. Pourquoi l’Europe insiste sur la ratification de l’accord suplémentaire par rapport de la Charte de l’Energie ? Ce document international évoque les conditions de l’investissement dans le secteur énergetique. Ce n’est pas un secret que la Russie est en manque d’investissements dans ce domaine - par exemple, l’extraction du charbon en 2005 n’a pratiquement pas évolué et celle du pétrole et de produits assimilés reste au même niveau ou même baisse... La Charte de l’Energie garantit des mécanismes pour attirer non seulement des investissements, mais également des technologies européennes qui permettraient d’explorer les nouveaux gisements de ces matières premières, ainsi que ceux déjà existants. Les conditions d’investissement dans ce secteur vont devenir plus stables et transparentes. Les autorités russes affirment qu’elles n’ont pas besoin de la Charte de l’Energie pour attirer les investissements étrangers. Mais les indicateurs de 2006 montrent que cette conviction n’est pas fondée. L.M. : La ratification de l’accord supplementaire à la Charte de l’Energie par la Russie et le choix des partenaires par le "Gazprom" pour explorer le gisement de Schtokman, peuvent-ils devenir des objets de marchandage lors de l’entrée de la Fédéraion de Russie dans l’OMC ? F.M. : Ce ne sont pas des questions politiques. L’extraction des matières premières du gisement Schtokman est très compliquée technologiquement parlant et le plan de comment on va procéder n’est pas definitif. L’entrée à l’OMC de la Russie a été freinée à l’étape des négociations avec les Etats-Unis. Si vous trouvez pourquoi ces procéssus n’avancent pas plus vite, s’il vous plaît, appelez-moi. (Rires) L.M. : Qu’est ce que vous attendez du Sommet du G8 : des solutions concrètes ou une discussion en formules diplomatiques vagues ? F.M. : Les questions principales à discuter sont l’éducation, la santé et l’énergie. Les documents préparés pour le Sommet sont intéressants, mais ne comprennent rien de surnaturel. Si M. Poutine veut attirer l’attention de la communauté internationale et que cette réunion de G8 à Saint-Petersbourg entre dans l’histoire, il faudra proposer une initiative nouvelle et intéressante. L.M. : Dans quelle direction va se développer le dialogue sur l’énergie entre la Russie et l’UE ? F.M. : L’UE a certainement l’intention de développer ses relations avec la Russie dans ce domaine. Cette collaboration représente l’intérêt mutuel. L’Europe va donner à la Fédération l’accès à ses marchés prévisibles et transparents et la Russie va profiter des invetsissemnts européens. Le but principal de ce dialogue est la fusion des principes de la sécurité des livraisons et de la demande sur les produits énergetiques. Cela permettra d’assurer le fonctionnement efficace des mécanismes du marché. /B_rubrs1> |
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